Aller mieux et s’en rendre compte

Aller mieux et s’en rendre compte

Voilà de cela plusieurs années, on m’a diagnostiqué une variété de lymphome : un Paragranulome de Poppema-Lennert. Ce nom barbare est vite resté ancré dans mon esprit, et a vite occupé mes réflexions du quotidien.

A vrai dire, cette maladie, plus facilement perceptible par son traitement que par ses effets en tant que tels, a probablement été à l’origine de beaucoup de changements dans ma vie. Elle m’a obligé, au-delà de suivre un traitement médical puissant, à prendre acte de ce que j’aimais et de ce que je n’aimais pas dans mon quotidien, et m’a obligé à trouver des moyens et des solutions concrètes pour parvenir à les changer. Ce sentiment devait être facilement perceptible dans mes attitudes, tant cela revenait en boucle dans mes pensées et mes actions. Concrètement, je me soignais physiquement, et cela me donnait envie de prendre soin de moi psychologiquement.

J’ai alors eu une recommandation, de la part d’une collègue, pour aller rencontrer une thérapeute. Elle avait, je pense, bien cerné ce que j’exprimais sans même m’en rendre compte et cela a dû faire écho à ce qu’elle avait elle-même pu vivre par le passé. En tout cas, la recommandation est tombée à point nommé. J’ai alors initié un travail sur moi, que j’ai dû d’ailleurs renouveler par la suite, pour pleinement me libérer de certaines contraintes personnelles.

Avec du recul, c’est cette maladie qui a été à l’origine d’une nouvelle façon de vivre. Sans elle, je ne sais pas si j’aurais initié les travaux que j’ai menés. Je sais toutefois que grâce à elle, j’ai eu l’occasion de me poser des questions et trouver des réponses pour vivre mieux. Depuis, je n’ai jamais cessé de me remettre en question, et de tenter d’évoluer.

Mais au fond, il est toujours resté un doute. Fragile, mais réel. Un doute quant à ma santé, quant à l’avenir de ma santé et ce, malgré les examens aux résultats satisfaisants et rassurants que je passe tous les ans. Ce doute ne s’explique pas, il se ressent. C’est un doute, une peur devrais-je dire, face à une possible rechute, qui est là, présente, bien au fond de moi. Une des meilleures illustrations concrètes est le fait que j’ai peur de lancer une intervention pour me faire retirer mon port à cath, que j’ai dans la poitrine depuis plus de 10 ans. Toutes les personnes qui vivent un jour une maladie similaire sauront que malgré la rémission, il subsiste toujours cette forme d’inquiétude.

Pourtant, là encore, même si le travail n’est pas parfait ni finalisé (le sera-t-il un jour ?), je vis aujourd’hui sans l’emprise de cette inquiétude, avec une forme même d’épanouissement grandissant. Je reviendrai probablement par la suite dans ces articles sur les raisons qui, selon moi, m’ont amené à construire une forme de sérénité aujourd’hui. Mais dans l’immédiat, penchons-nous plutôt sur une réflexion que j’ai eue récemment et qui rebondit sur ce cheminement.

Il y a quelques jours, j’ai été bien enrhumé. Le rhume con, présent, mais pas omniprésent. Celui qui se rappelle à vous quand vous prenez le temps de guetter l’état de votre gorge quand vous déglutissez ou quand vous sentez une des deux narines bouchées au moment de vous endormir. Mais pas plus que ça. Juste chiant quoi. Et ça a duré pas mal de jours, pendant notamment une période assez fatiguant sur le plan professionnel. Je m’en suis plaint intérieurement. Régulièrement. Sans pour autant le mettre en perspective de mon vécu sur le plan médical. D’ailleurs, je ne crois pas que ce soit vraiment possible : mettre en perspective une souffrance impose un recul sur soi-même qui nécessite une énergie incroyable. Au fond, même si on prétend le contraire, il n’est pas possible de mieux vivre une difficulté en pensant à des souffrances d’autres personnes ou à des souffrances que l’on a vécu par le passé.

Là où, j’ai pu travailler, c’est dans le présent (cherchez l’erreur la grammaire de cette phrase). En effet, c’est une fois guéri que l’on peut capitaliser sur le plaisir d’être bien. Et je me rappelle, aussi souvent que je peux, depuis que je vais mieux, que je n’ai plus mal à la gorge et que l’air circule librement dans mon nez.

Je crois que c’est aussi dans ces moments-là que l’on crée nos ressources pour les difficultés à venir : lorsque l’on parvient à prendre conscience que l’on va bien, après ne pas avoir été bien.

Comment capitaliser le plus possible sur le fait que l’on va mieux ? Voici selon moi, trois pistes concrètes :
– La méditation. On en a parlé à plusieurs reprises dans Niplife. C’est probablement la discipline par excellence qui ancre le plus dans le présent.
– Le sport. C’est encore là une discipline simple qui travaille l’instant présent. Dès que vous sortez d’une période difficile, et dès que votre corps vous le permet, incitez votre esprit à ne pas refuser une petite session de sport.
– Durant la période où l’on est malade : notez soigneusement et en quelques mots clés ce que vous ressentez. Dès que vous allez mieux, prenez le temps de lire ces symptômes. Attention, durant la prise de notes, veillez à ne pas focaliser sur ces ressentis et évidemment, n’allez pas vous faire médecin à la place d’Hippocrate et ne cherchez pas à les analyser, ou à les comprendre.

Et vous ? Est-ce que vous êtes du style à vous plaindre quand vous n’allez pas bien ? Etes-vous capable d’apprécier quand vous allez mieux ?

écrit par
Guillaume Vendé
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